Tomber en panne dans une rue du 11e arrondissement, ça n'a rien à voir avec tomber en panne sur l'A86 un vendredi à 18h. Le danger n'est pas le même, les réflexes non plus. Voici la marche à suivre selon l'endroit où vous êtes, des règles de base communes aux spécificités de chaque type de voie.
Les règles qui valent partout, tout le temps
Quel que soit l'endroit, dès que vous sentez un problème (perte de puissance, bruit anormal, voyant rouge), voici l'ordre des gestes. Dans cet ordre, pas un autre.
1. Allumez immédiatement les feux de détresse (warnings). Le bouton rouge triangulaire au centre du tableau de bord. Avant même de commencer à ralentir. C'est le premier signal pour les voitures derrière vous.
2. Cherchez un endroit sûr pour vous arrêter. Pas forcément là où vous êtes en panne — là où vous POUVEZ vous mettre en sécurité. Un dégagement, un trottoir large, un parking, la bande d'arrêt d'urgence sur autoroute. Si vous avez encore de la puissance moteur, ne coupez pas le moteur avant d'être arrêté en sécurité.
3. Enfilez votre gilet haute visibilité AVANT de sortir du véhicule. Dans la voiture, pas dehors. Si vous devez sortir pour chercher le gilet dans le coffre, vous êtes déjà à risque. C'est pour ça que la loi impose un gilet accessible depuis l'habitacle.
4. Faites sortir les passagers par le côté le plus éloigné de la circulation. Sur une route à double sens, par la droite. Sur autoroute où vous êtes sur la BAU, par la droite également (jamais côté gauche, c'est-à-dire côté voie de circulation). Faites passer les passagers derrière la glissière de sécurité ou le plus loin possible du bord de la chaussée.
5. Posez le triangle. 30 mètres derrière sur route classique, 100 mètres sur autoroute/voie rapide, adapté si vous êtes dans un virage (placez-le avant le virage, pas après).
6. Éloignez-vous. Ne restez jamais à côté du véhicule en panne sur une route passante. Un véhicule stationné sur le bord est la cible numéro un des collisions, surtout la nuit, par temps pluvieux, ou quand un conducteur regarde son téléphone.
7. Appelez. Une fois en sécurité derrière la glissière ou loin du bord, vous pouvez appeler le dépanneur, l'assurance, ou les secours selon la situation.
En ville : moins de vitesse, plus de bouchon
En ville, le risque principal n'est pas la collision par l'arrière mais la gêne à la circulation et le stress qui en découle. Les vitesses sont faibles (30 à 50 km/h), les conducteurs voient votre véhicule de loin.
Ce qui est spécifique à la ville :
Essayez de vous dégager de la voie de circulation. Si votre voiture a encore du jus pour avancer 50 mètres, poussez jusqu'à un créneau libre, un renfoncement, une place de livraison, un trottoir débordant. Mieux vaut être mal garé que coincer tout le boulevard Voltaire.
Si vous ne pouvez pas avancer du tout : warnings à fond, gilet, triangle à 30 mètres derrière. Si vous êtes sur une voie de bus ou un couloir cyclable, faites particulièrement attention aux bus articulés et aux vélos qui arrivent sans bruit.
Les zones piétonnes, boulevards avec plots ou bornes rétractables : prévenez la police municipale ou la mairie si vous bloquez un axe sensible. Ils peuvent intervenir pour sécuriser et éviter l'enlèvement abusif.
Les parkings et copropriétés : prévenez le gardien si vous bloquez une rampe, un quai de livraison ou un accès pompiers. Ça peut vous éviter une fourrière à 285 euros.
Le risque principal en ville : la fourrière. Un véhicule en panne en stationnement gênant peut être enlevé en 30 minutes si la police municipale passe. Quand vous appelez un dépanneur, mentionnez explicitement votre situation : on peut intervenir rapidement et souvent prévenir l'enlèvement.
Sur une départementale : visibilité et virages
Les départementales (D1, D7, D438 dans les Yvelines par exemple, ou D605, D607 en Seine-et-Marne) ont des caractéristiques risquées : vitesses autorisées à 80 km/h, virages, parfois pas de bande d'arrêt ou une bande très étroite, visibilité limitée en sous-bois ou entre deux côtes.
Ce qui change en départementale :
Cherchez un dégagement. Entrée de chemin, parking de covoiturage, station-service, aire de pique-nique. Mieux vaut faire un kilomètre de plus avec un moteur qui tousse que de s'arrêter dans un virage sans visibilité.
Attention aux virages. Si vous êtes obligé de vous arrêter avant un virage, posez le triangle AVANT le virage (côté d'où viennent les voitures), pas après. Un triangle posté à 30 mètres dans la suite du virage ne sera vu par personne à temps.
La nuit, en rase campagne : une voiture arrêtée sans feu de détresse est invisible de loin. Vos warnings doivent rester allumés. Si la batterie faiblit, coupez tout le reste (radio, lumière d'habitacle) pour que les warnings durent le plus longtemps possible.
Faune en bord de route : en IDF, sangliers et chevreuils traversent régulièrement les départementales de Rambouillet, Fontainebleau, Chantilly, surtout à l'aube et au crépuscule. Si vous êtes arrêté dans une zone forestière, éloignez-vous bien du bord de route et ne laissez pas les enfants jouer à côté du véhicule.
Sur une nationale ou voie rapide urbaine
Les nationales (N104 la Francilienne, N12, N118, N6), les voies rapides type A86 ou périphérique parisien, les 2x2 voies urbaines : vitesses de 90 à 110 km/h, trafic dense, accotements variables, très peu ou pas de bande d'arrêt d'urgence continue.
La principale règle : ne vous arrêtez pas sur la chaussée. Si vous le pouvez encore, poussez jusqu'à la prochaine sortie ou le prochain dégagement même si vous devez parcourir 2 ou 3 kilomètres à allure réduite. Warnings allumés, voie de droite, vitesse 50-60 km/h. C'est moins dangereux que de stopper au milieu d'une 2x2 voies.
Si l'arrêt est forcé :
Sortez du véhicule côté passager (côté opposé à la circulation). Faites passer tous les occupants derrière la glissière ou le plus loin possible du bord.
Posez le triangle à 100 mètres si possible, en restant bien en dehors de la chaussée. Si le trafic est trop dense et que poser le triangle vous expose trop, laissez tomber le triangle. Votre vie prime.
Attendez loin du véhicule. Une voiture arrêtée sur une 2x2 voies est fréquemment percutée, surtout la nuit. Un camion qui arrive à 100 km/h et qui se déporte pour éviter votre voiture ne vous rate pas de beaucoup si vous êtes debout à côté.
Sur autoroute : la procédure est particulière
Sur autoroute (A1, A3, A4, A6, A13, A86, etc.), la règle est stricte et différente du reste des routes : vous ne pouvez pas appeler n'importe quel dépanneur. Les autoroutes sont concédées à des sociétés (Sanef, Vinci Autoroutes, APRR, etc.), qui contractualisent avec des dépanneurs agréés. Seuls ces dépanneurs sont autorisés à intervenir sur la chaussée autoroutière.
Les étapes à respecter :
1. Ralentissez progressivement, warnings allumés, cherchez la bande d'arrêt d'urgence.
2. Rangez-vous le plus à droite possible de la BAU (jamais sur la bande médiane ou la voie d'urgence gauche, pour les autoroutes qui en ont une).
3. Sortez tous par la droite, gilet sur le dos, et faites passer tout le monde derrière la glissière de sécurité. Pas devant, pas à côté : derrière.
4. Appelez depuis une borne orange si possible (placées tous les 2 km), ou depuis un téléphone en composant le 112. La borne orange vous localise automatiquement et contacte directement le dépanneur agréé du secteur. C'est gratuit, rapide, et ça évite les erreurs de localisation.
5. Si vous appelez depuis votre portable : soyez précis sur votre position. Regardez le numéro du PK (point kilométrique) affiché sur les balises, le nom de l'autoroute, le sens (vers Paris / vers Lyon / etc.), le nom de la dernière sortie passée. Ex : "A6 sens Paris → Lyon, PK 78, entre la sortie 9 Courcouronnes et la sortie 10 Corbeil-Essonnes".
Les tarifs autoroutiers sont réglementés (voir notre article dédié "Dépannage autoroute vs ville"). Le dépanneur ne peut pas vous facturer plus que le tarif en vigueur, fixé par arrêté ministériel et mis à jour chaque année. En 2024, comptez environ 140 euros HT pour le dépannage sur place, 170 euros HT pour un remorquage de moins de 5 km.
Ce que le dépanneur autoroute fait : il vous dépanne sur place si c'est simple (batterie, crevaison, essence), ou il vous remorque hors autoroute jusqu'à la première aire ou un garage. Il n'a pas le droit de vous laisser sur la BAU. Si vous n'avez plus d'essence, il peut vous en apporter sur place contre facturation.
Interdit : changer une roue soi-même sur la BAU. Même si vous avez une roue de secours, le Code de la route vous interdit de stationner et de faire des travaux sur la BAU hors cas de force majeure. Le dépanneur agréé s'en charge, ou vous emmène vers un endroit sûr pour le faire.
Sur le périphérique et l'A86
Cas particulier : le périphérique parisien et l'A86 sont des voies rapides très fréquentées, avec une bande d'arrêt d'urgence courte voire inexistante par endroits, un trafic dense aux heures de pointe, et une vitesse maximale de 70 km/h sur le périph.
En panne sur le périph, suivez les règles autoroute au maximum : BAU si possible, gilet, derrière la glissière, appel via 112 ou borne. Pour le périph intérieur et l'A86, ce sont généralement les services des concessionnaires (Ville de Paris pour le périph, État pour l'A86) qui gèrent le secours, et un dépanneur agréé est envoyé.
Si votre voiture cale et que vous ne pouvez pas atteindre la BAU (courante sur le périph), mettez vos warnings, restez dans la voiture ceinturé si la circulation est dense, et appelez le 112 immédiatement. Sortir du véhicule au milieu du périph vaut mieux éviter.
La nuit, sous la pluie, dans le brouillard
Les conditions dégradées aggravent tous les risques. Quelques règles supplémentaires :
La nuit : warnings à fond. Feux de position allumés. Éventuellement les feux stop si vous avez encore du courant et qu'ils restent allumés (certaines voitures ont un mode spécifique en cas de freinage d'urgence). Gilet fluo = essentiel, un gilet délavé de 5 ans ne sert plus à grand-chose.
Sous la pluie forte : la visibilité chute à 50 mètres. Un automobiliste qui vous dépasse ne vous voit qu'à la dernière seconde. Éloignez-vous au maximum du bord de la chaussée.
Dans le brouillard : règle du "jusqu'à ce que vous voyiez clairement vos warnings à 100 mètres", sinon déplacez-vous plus loin. Ajoutez les feux de brouillard arrière si vous êtes équipé.
En hiver, par grand froid : s'éloigner du véhicule est la règle, mais il faut aussi ne pas prendre un coup de froid en attendant. Gardez une couverture de survie dans la voiture, faites chauffer les occupants s'il fait moins de 5°C.
La règle d'or : votre vie passe avant tout. Ne restez jamais à côté du véhicule en panne sur une route passante. Ne prenez jamais le risque d'aller poser un triangle au péril de votre sécurité. Un dépanneur qui arrive et trouve un véhicule abandonné en sécurité vaut mieux qu'un dépanneur qui arrive sur un accident. En cas de doute, glissière + appel + patience.
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