Si vous lisez cet article en urgence parce que votre voiture est dans l'eau : ne la démarrez pas, ne tournez même pas la clé de contact. Sortez du véhicule si ce n'est pas dangereux, mettez-vous en sécurité, et appelez un dépanneur avec un plateau. Tout le reste peut attendre.
Janvier 2018, juin 2016, janvier 2024. A chaque crue de la Seine ou de la Marne, des centaines de véhicules sont immobilisés dans des zones inondées en Île-de-France. Certains s'en sortent avec un bon nettoyage. D'autres finissent en épave à cause d'un seul mauvais réflexe : avoir essayé de redémarrer.
Pourquoi redémarrer est la pire idée
L'admission d'air du moteur se trouve en bas du compartiment moteur, souvent au niveau du pare-chocs ou juste au-dessus. Si de l'eau est entrée dans le moteur par cette admission, et que vous tournez le démarreur, les pistons vont essayer de comprimer l'eau. Sauf que l'eau ne se comprime pas. Résultat : les bielles plient, la culasse se fissure, le moteur est détruit. C'est ce qu'on appelle un "coup d'eau" ou "hydro-lock" en anglais.
Le remplacement d'un moteur coûte entre 3 000 et 8 000 euros. Le remorquage sur plateau coûte entre 100 et 200 euros. Le calcul est vite fait.
Les zones à risque en Île-de-France
Les crues ne touchent pas toute la région de la même manière. Certaines communes reviennent systématiquement dans les alertes :
Vallée de la Seine : Villeneuve-Saint-Georges, Alfortville, Ivry-sur-Seine, Gennevilliers, Argenteuil, Poissy, Mantes-la-Jolie. Les quais de Seine à Paris (voies sur berge, parking souterrains des Tuileries et de l'Alma) sont aussi régulièrement inondés.
Vallée de la Marne : Saint-Maur-des-Fossés, Joinville-le-Pont, Nogent-sur-Marne, Lagny-sur-Marne, Meaux. Le confluent Seine-Marne à Charenton-le-Pont est un point chaud récurrent.
Orages et ruissellement : ça peut arriver n'importe où, mais les passages souterrains (tunnels routiers, sous-voies SNCF) sont les pièges classiques. Un orage violent en été peut remplir un passage souterrain de 50 cm d'eau en 15 minutes. On le voit tous les étés dans le Val-de-Marne et en Seine-Saint-Denis.
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
1. Ne touchez pas au contact. Ni clé, ni bouton start. Rien. Si la voiture est un modèle avec start/stop automatique, assurez-vous qu'il ne va pas tenter de redémarrer tout seul (débrancher la borne négative de la batterie si c'est accessible et sans danger).
2. Mettez-vous en sécurité. Si l'eau monte encore, quittez le véhicule. Une voiture se remplace. Si l'eau est stable et basse (10-15 cm), restez à côté mais ne montez pas dedans — votre poids enfonce la voiture et l'eau entre plus vite par les joints de portière.
3. Documentez. Prenez des photos de la voiture dans l'eau, du niveau d'eau par rapport aux roues et aux portières, et de l'environnement autour (rue inondée, repère de crue). Votre assurance va en avoir besoin.
4. Appelez un dépanneur avec plateau. Pas un remorqueur à fourche, pas un copain avec une corde. Un plateau. La voiture doit être soulevée entièrement sans rouler sur ses roues (les freins sont probablement imbibés d'eau et fonctionnent mal).
5. Faites sécher avant de faire diagnostiquer. Une fois au sec, il faut attendre que le garage inspecte le moteur, l'électronique et l'habitacle avant de tenter quoi que ce soit. Sur les véhicules modernes, l'eau dans les connecteurs électriques provoque des courts-circuits qui grillent des calculateurs à 500-1500 euros pièce.
L'assurance prend-elle en charge ?
Ça dépend de votre contrat. L'inondation est un "événement climatique" couvert par la garantie "catastrophe naturelle" si un arrêté ministériel est publié (ce qui est quasi systématique pour les crues de la Seine). Dans ce cas, la franchise légale est de 380 euros.
Pour les orages ponctuels sans arrêté de catastrophe naturelle, c'est la garantie "événements climatiques" ou "tempête" qui joue, si vous l'avez dans votre contrat. Les assurances au tiers simple ne couvrent généralement rien.
Dans tous les cas : ne touchez à rien, prenez des photos, faites constater par un professionnel. Et surtout : si vous avez redémarré et que le moteur a cassé, l'assurance peut refuser d'indemniser en argumentant que vous avez aggravé le sinistre.